Je présente ici les principales orientations de mes travaux personnels, ainsi que les différents projets collectifs auxquels je participe actuellement. Ces éléments visent à informer les personnes intéressées par des domaines similaires et à susciter des collaborations et des échanges scientifiques en ces matières.
Dans la continuité de ma thèse de doctorat, je prépare actuellement pour la collection des Sources chrétiennes une nouvelle édition du troisième livre Contre Eunome et la première traduction française de ce texte. La traduction et une partie de l’annotation a été réalisée dans le cadre de ma thèse : elles sont actuellement en cours de révision. L’édition est fondée sur celle qu’avait donnée Werner Jaeger dans la collection des Gregorii Nysseni opera, mais la complète par l’ajout de plusieurs manuscrits importants et par l’utilisation des témoignages de la tradition indirecte, grecque mais aussi syriaque, dont certains éléments permettent de combler de larges lacunes et de remonter à un état du texte bien antérieur à celui des manuscrits grecs conservés.
Si les traités de Grégoire de Nysse, et le Contre Eunome en particulier, ont jusqu’ici surtout attiré l’attention des historiens des doctrines, une telle démarche n’épuise pas leur contenu. Elle ne permet même pas, me semble-t-il, de leur rendre vraiment justice, dans la mesure où elle en isole un aspect – le contenu théologique – sans tenir compte de l’ensemble de l’ouvrage, que son auteur a conçue comme une œuvre littéraire et non comme un simple traité technique. C'est pourquoi j’ai particulièrement étudié les pratiques de l’écriture polémique à l’œuvre dans le Contre Eunome ; en effet, Grégoire, à la différence de son frère Basile, laisse en effet une grande place à une écriture caractéristique des pratiques lettrées de l’époque, qu’elles soient chrétiennes ou païennes. Certaines sections de l’œuvre, où se concentre la charge polémique, sont très fortement marquées par les références littéraires profanes et témoignent d’un niveau d’écriture volontairement élevé. De tels passages jouent un rôle important dans l’équilibre du traité et ont une fonction propre dans la réfutation de l’adversaire et la persuasion des lecteurs, qui ne se résument pas àla desctruction des thèse théologiques d’Eunome.
Le troisième livre du Contre Eunome est marqué par une très forte présence de l’exégèse, au point que cette partie de l’ouvrage peut être lue, pour partie, comme une succession d’explications de différents passages bibliques. Cependant, ces interprétations de l’Écriture sont de nature très diverses : certaines répondent à une exégèse du même verset proposée par Eunome, d’autres portent sur des lieux classiques depuis le début de la controverse arienne qu’Eunome ne semble pourtant pas avoir utilisés directement,certaines enfin interviennent comme des arguments propres à Grégoire. On sait l’importance de l’explication du texte biblique dans la théologie patristique et chez Grégoire en particulier ; M. Canévet ( Grégoire de Nysse et l’herméneutique biblique. Étude des rapports entre le langage et la connaissance de Dieu [Études augustiniennes, série Antiquité 99], Paris, 1983) a voulu voir dans l’un de ces passages, qui concerne Pr 8, 22, le lieu d’élaboration et la première occurrence de la méthode exégétique propre à Grégoire. Cette dernière se caractérise en particulier par l’attention portée à l’enchaînement du texte biblique, à son ἀκολουθία (akolouthia). Toutefois, lorsque ces différentes explications bibliques sont mises en séries et qu’elles sont replacées dans le réseau des discussions théologiques – dont certaines ne sont pas clairement apparentes – qui était le leur, elles prennent une toute autre portée. Une fois situées dans leur cadre historique lointain et immédiat, il apparaît que le Contre Eunome n’est pas tant le lieu de l’élaboration de cette méthode qu’une occasion parmi d’autres, saisies par Grégoire. En outre, d’autres interlocuteurs qu’Eunome et Basile ou Athanase sont au moins aussi importants que ceux-là : Eusèbe de Césarée, Marcel d’Ancyre, etc.
Ces deux axes de lecture feront l’objet d’un volume, dont la plus grande part a déjà été rédigée dans ma thèse de doctorat. À partir d’études précises et détaillés de plusieurs sections particulièrement significatives, ces nouvelles perspectives de lecture seront développées.
En collaboration avec Johan Leemans, je prépare pour la collection des Sources chrétiennes un volume consacrés à diverses homélies de Grégoire de Nysse : De beneficientia ; In illud : quatenus uni ex his fecistis ; Contra usurarios ; Contra fornicarios ; De iis qui baptismum differunt ; Aduersus eos qui castigationes aegre ferunt.
J’en assure la traduction et éventuellement l’édition, tandis que Johan
Leemans réalise l’annotation et l’introduction générale.
À plus long terme, mon travail porte actuellement sur une étude d’ensemble de la transmission et de la réception de l’oeuvre de Grégoire de Nysse. Si la plupart des textes de cet auteur sont désormais disponibles dans la collection des Gregorii Nysseni opera, il reste cependant à faire, comme je l’ai déjà montré à propos du Contre Eunome, tant dans le domaine de l’identification des manuscrits qui transmettent les différents textes (recensio codicum)
que pour l’étude des différents manuscrits et de leurs relations.
L’objet premier est de proposer une vue d’ensemble, qui permette de
saisir les principes qui ont présidé à la transmission de ces textes,
les différents moments et lieux décisifs dans leur copie et leur
dissémination.
En second lieu, la réception de l’œuvre de Grégoire dans la tradition byzantine
n’a pas encore fait l’objet d’un travail général ou particulier. Avant
d’explorer la réception de sa pensée, il convient de relever, autant
que le permet l’état des éditions de textes byzantins, les citations
explicites qui ont pu être faites de son œuvre dans la littérature de
langue grecque, afin de mesurer sa diffusion et de comprendre les
différents contextes dans lesquels ces textes ont été lus.
En troisième lieu, je souhaite aussi – et les collaborations en ce
domaine sont plus que souhaitables – explorer de manière systématique
et synthétique le domaine des traductions des œuvres de l’évêque de Nysse dans les langues orientales,
en particulier syriaque, arménien, géorgien et copte (les traductions
arabes semblent assez rares, de même que les traductions latines, déjà
bien répertoriées).
Un dernier domaine concerne la genèse des différentes traductions et éditions des œuvres de Grégoire à la Renaissance et au début des Temps modernes. Si l’étude d’H. Brown-Witcher (« Gregorius Nyssenus », dans Catalogus translationum et commentariorum : Medieval and Renaissance Latin Translations, éd. F. E. Kranz, P. O. Kristeller, Washington, 1984, t. V, p. 1-250) et les préfaces des éditions dans la collection des Gregorii Nysseni opera
fournissent nombre d’élément traité par traité, il resterait cependant
à expliquer les raisons qui ont présidé aux différentes éditions et le
projet des éditeurs de ces volumes, en ne portant plus l’attention
œuvre par œuvre, mais livre par livre.
Page en cours de rédaction.